Le souffle glacé de la nuit s’accrochait à ses poumons, laissant
une brûlure aiguë à chaque respiration. La neige s’infiltrait sous
ses ongles, ses mains bleuies tremblaient, mais elle avançait,
guidée par une lueur vacillante au loin. Le lac gelé s’étendait
sous ses bottes, immensité fragile et perfide, qui craquait
doucement sous son poids.
Elle savait qu’un faux pas suffirait à briser ce silence glacial,
mais la maison était là-bas ; tout près… Elle n’avait pas le droit
de tomber. Pourtant quelque chose n’allait pas. Ce n’était pas la
nuit qui l’entourait. C’était autre chose, une obscurité vivante,
étouffante, qui semblait s’enrouler autour d’elle comme des voiles
noirs.
Et soudain, elle les vit : trois colonnes rougeoyantes fendaient
les cieux, scintillant comme du sang figé. Nanaha s’arrêta. Les
nuages écarlates dansaient tout en s’approchant. Fascinée, elle ne
pouvait détacher ses grands yeux bruns de cet étrange ballet.
Peu à peu, l’obscurité se dissipa. Le jour et la nuit se
succédèrent, vite, bien trop vite, jusqu’à devenir une spirale
incontrôlable. Nanaha se tenait immobile au milieu de ce chaos,
comme pétrifiée, fixant avidement les piliers. Lorsque le rouge
dévora ses iris, elle cligna des yeux une dernière fois.